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Pour terminer votre exploration de ce site, en voici un résumé et quelques considérations d'ouverture sur la suite.

Est-il souhaitable de conclure une recherche comme celle-ci exprimée dans un médium comme internet ?

Temporairement probablement, si l'on envisage qu'un seuil est franchi dans le cadre d'un processus plus ample; au risque de voir les idées se cristalliser et se refermer sur elles-mêmes, comme c’est trop souvent le cas dans les écrits rendus publics.
Mais, une fois écrit, le concept est cuit, disait Jacques Derrida, auteur essentiel au développement de ma pensée.

Le lecteur, devenant activement co-auteur, est invité à poursuivre ses recherches propres à partir de sa propre pratique professionnelle et artistique, à partir de son existence, et partir de la plateforme de décollage vers le web.

Des retours et enrichissements, un prolongement de réflexion et une discussion peuvent être accueillis sur le forum de ce site.
 
Conclure momentanément donc, implique de porter un regard sur le chemin parcouru.   

Ce site présente une réflexion à propos de ce que l’auteur nomme la poïétique. Le concept de poïétique devrait être mieux compris après ce travail qu’avant, encouragé par le déblaiement réalisé, par l’évidement de l’évidemment.

La poïétique, terme présent depuis l’époque grecque pour conceptualiser les phénomènes créatifs, est définie ici comme étant une discipline naissante, transdisciplinaire, artistique et scientifique qui étudie et s’occupe des processus créatifs dans le développement des êtres humaines et de leurs sociétés.

L’auteur propose ce terme de poïétique en prolongement et développement de celui d’art-thérapie qui est devenu trop insatisfaisant, vague ou limité à un terrain trop restreint, trop souvent simple outillage soignant. Bien qu’utile dans les cinquante dernières années, l’idée d’art-thérapie a permis de penser à la rencontre passionnée entre la démarche artistique avec celle de la thérapie entendue dans un sens large, c'est-à-dire l’accompagnement des êtres humains en changement vers la santé. Il est devenu intéressant, important, de se recentrer sur les processus essentiels présents dans les ateliers d’expression qui ont lieu dans des contextes très divers, avec des populations et des problématiques très divers et dans des buts spécifiques eux aussi très divers. D’où la proposition d’un nouveau nom à ce domaine de pratique et de connaissance : la poïétique.

La poïétique s’occupe avant tout de l’œuvre ouvrante, c’est-à-dire de l’œuvre qui ouvre à la transformation du monde et des humains. Elle s’occupe de comprendre, de théoriser et de faciliter les conditions d’advenue du changement humain. Sa théorisation se doit d’être fortement ancrée dans la pratique car c’est la pratique qui est le berceau de toute évolution humaine. La poïétique se réfère aux sciences humaines et à l’art, en son sens de processus créateur et expressif. 

Ecrite sous forme traditionnelle au début, cette étude est devenue un site web en cours de route. Ce choix s’est imposé en cours de rédaction afin d’être le plus cohérent possible avec le sujet : le champ, ainsi qu’avec le contexte actuel du développement de la connaissance, où internet prend de plus en plus de place et de sens. Ce site internet devrait évoluer au fil des années prochaines et des recherches et conceptualisations. 

Une situation de création artistique et une situation clinique de psychothérapie expressive élancent la recherche et permettent de poser les questions et les thématiques développées ensuite.

Dans les peintures de pluie, l’auteur est confronté à un phénomène de création par la Nature, à laquelle il prend part secondairement. Il constate ensuite que toute création est réalisée par le champ de la situation plus que par l’auteur seul, comme on a l’habitude de penser dans le monde occidental moderne. C’est même en se déprenant suffisamment de la volonté et du projet que le créateur est le plus créateur. Et savoir se déprendre de tout ce que l’on est et croit savoir est difficile.

Dans la situation clinique de la dame au livre, l’auteur constate encore une fois à quel point le phénomène créatif mobilise le champ des partenaires en présence. Il constate aussi que la signification accordée aux créations se transforme selon le point de vue, toujours subjectif ou intersubjectif, que l’on adopte sur elles.

Le champ et le point de vue sont alors les deux thématiques qui sont explorées dans ce site.

Le concept de champ est étudié d’abord dans son étymologie. Les principales théories du champ actives dans les sciences humaines sont présentées. Sont abordés des auteurs tels que Kurt Lewin et de son concept de champ de force qui a marqué l’histoire de la psychologie, les développements de Merleau-Ponty en phénoménologie, puis les développements de la psychanalyse bionnienne et post-bionnienne, avec Claudio Neri et Antonino Ferro, ainsi que la psychanalyse sud-américaine, avec les Baranger et José Bleger. La synchronicité de Jung est également reliée au concept de champ. Finalement, sont présentées les dernières recherches de Daniel Stern sur le champ thérapeutique qui situent la psychothérapie entre les références phénoménologiques et psychanalytiques. 

Le champ est ensuite présenté en sa spatialité à partir de la description d’une institution genevoise de la petite enfance, le Cerf-Volant, qui a été conçu, inconsciemment, par une équipe d’architecte et de psychologues à l’image du corps humain, probablement inspiré par le sens du lieu.

La spatialité du champ est un lieu, un site, un espace non pas objectivement délimité, mais un espace habité d’actes créatifs, de sensations corporelles, d’émotions. La spatialité du champ est un espace subjectif habité par tous les partenaires en présence.

Deux situations artistique de l’auteur illustrent et offrent un prolongement aux réflexions sur le site : Malval et le Grand Golem bleu. Malval est un lieu de création proche de Genève où l’auteur effectue souvent des actions de land art ; le Grand Golem bleu est une œuvre essentielle de l’auteur dans laquelle les spectateurs ont été invités à participer au processus de création en arpentant la toile emballée et posée au sol sur laquelle était déposée une pâte de pigments. Le sillage des passages des spectateurs-auteurs a formé la trame de départ de la figure,le Golem surgissant ensuite dans l’atelier de l’artiste par la confrontation à l’altérité, à la déprise du processus créateur, au vide d’intention figurative, à la surprise.  

Le champ est étudié ensuite en sa temporalité. Quelques théories essentielles du temps sont présentées, entre temps objectif et temps subjectif. D’Héraclite qui concevait le temps vécu objectivement comme une rivière qui s’écoule, le passé au glacier et le futur à la mer, nous allons à Merleau-Ponty, qui concevait le temps vécu subjectivement comme une rivière qui s’écoule, le passé étant à la mer et le futur au glacier.

Sont également abordés Paul Ricoeur et son temps du récit, Heidegger et son temps-regard présent, Augen-Blick, ainsi que Henri Maldiney et son temps du rythme, qui propose de considérer le présent comme étant à l’origine du temps et non pas le passé, comme on en a l’habitude. C’est ce même auteur qui souligne une dimension essentielle du temps, le kaïros, le moment opportun, concept méthodologique très utile en art-thérapie et en psychothérapie pour penser au moment juste pour dire ou faire quelques chose.

Le psychanalyste-phénoménologue Nicolas Abraham qui a aussi étudié le temps en mettant au centre de sa théorie la notion de désir, qui ouvre la maturation de la personne, qui va s’élancer dans une démarche de symbolisation infinie, au travers de plusieurs conceptions du temps différentes, selon son niveau de développement.

Daniel Stern a souligné l’importance du moment présent en psychothérapie et est devenu une référence incontournable de l’étude de la temporalité du champ thérapeutique. 

Le chapitre suivant de ce site permet à l’auteur de présenter une dimension fondamentale du phénomène de champ : le regard. Le regard, concept complexe, est relié à l’intentionnalité des phénoménologues, au vertex des psychanalystes post-bionniens, à l’orientation des psychologues constructionnistes. Il regroupe en une seule entité plusieurs variables qui se meuvent dans une dépendance relative.

Si le champ se développe en sa spatialité et en sa temporalité, il ne saurait exister sans un certain regard que lui vouent les partenaires en présence. Un regard exclut en principe tous les autres, ou les mets en arrière plan. Ce regard particulier, par le choix des variables et des valences des variables qu’il priorise, crée un monde: le champ dans lequel se meuvent les partenaires. Adopter des regards suffisamment commun permet la rencontre des partenaires. Suffisamment différent, leurs regards peuvent d’enrichir du décentrement de l’altérité. L’étude étymologique du mot regard est à ce moment très intéressante puisque il permet de rassembler de manière sensible plus qu'abstraite les dimensions intéressantes du phénomène, mieux que les concepts de point de vue, de vecteur ou d’orientation.

Une recherche scientifique, élément essentiel encore de cette étude a été réalisée entre 2000 et 2004 à propos des points de vue que développent des art-thérapeutes pour appréhender les relations avec leurs patients et les créations émergentes dans les séances réalisées dans des hôpitaux généraux de Suisse.

De cette recherche réalisée selon la méthode de la Grounded Theory, émergent plusieurs constats : la diversité des points de vue, la cohérence de six points de vue majeurs et toujours présents dans les descriptions des séances des praticiens étudiés, la souplesse des praticiens pour aller d’un point de vue à l’autre au fil du déroulement des séances ainsi que le développement différentiel de ces points de vue au fil des séances.

Cette recherche confirme l’existence et l’utilité du concept de point de vue, développé ensuite dans le concept de regard dans ce site. Ce chapitre est aussi l’occasion de proposer une réflexion sur les modalités de recherche utiles et cohérentes en art-thérapie et en poïétique. 

Ensuite, quelques concepts essentiels de la poïétique sont présentés assez brièvement. Ce chapitre sera certainement celui qui aura le plus à se développer dans les prochaines années.

La cabane permet de réfléchir à la forme et à l’ambiance de l’atelier propice aux processus poïétique. Les dispositifs proposés se doivent d’être à la fois suffisamment simples, clairs, solides ainsi que malléables et psycho-dégradables.
La cristallisation et le compostage sont proposés comme étant deux types de mise en forme poïétiques, présents en alternance et en complémentarité. La cristallisation, modélisée par Paolo Knill, met en valeur l’émergence du nouveau qui se cristallise dans une forme artistique. Le compostage est un concept élaboré par l’auteur de ce site pour appréhender le processus de déconstruction nécessaire à toute mise en œuvre, avant que la cristallisation puisse se déployer.

L’alphabétisation, enfin, est présentée à partir des concepts bionniens de fonction alpha et de capacité de rêverie. L’auteur, en présentant les derniers développement de psychanalystes tels que Antonino Ferro ou Claudio Neri, propose de considérer l’alphabétisation en plusieurs étapes aux logiques différentes ainsi qu’en plusieurs modalités expressives, telles que l’image, classiquement reliée à la fonction alpha, le son, le mouvement corporel, la présence scénique, le mot et le couple odeur-goût. Une croissance de la compréhension psychanalytique de l’idée d'alphabétisation ressort de la confrontation à la poïétique. 

Une douzaine de situations cliniques présentes dans le site sont assemblées dans une section propre. Une demi-douzaine de situations artistiques est assemblée dans une autre section.

La recherche scientifique est elle aussi accueillie en une section propre, avec le matériel de base de la réflexion, les retranscriptions des séances, ainsi qu’avec tous les tableaux qui ont servi à développer la réflexion.

Une  bibliographie très large et complète sur le sujet est ensuite présentée dans une forme générale et thématique. Enfin les liens internet externes, proposés au fil des pages, sont assemblés en une page propre afin de créer une plateforme de décollage vers le web. Cela situe le site et la réflexion sur la poïétique dans le contexte web qui est le sien, dans sa sémiosphère. Les lecteurs peuvent alors surfer à leur guise et transformer leurs regards sur la poïétique auprès des sources utilisées pour construire ce site et auprès des autres liens proposés dans les sites de référence. 

Genève, mars 2007.