conclusions

Ouvertures

Deux pistes s'ouvrent maintenant pour des prolongements de cette recherche:

- La première concerne la manière dont s'effectuent les changements de points vue pratiqués par les art-thérapeutes ainsi que la compréhension des raisons qui motivent ces changements de points de vue. Nous avons quelques hypothèses, mais seule une étude approfondie des données que nous avons en main, notamment en ce qui concerne l'évolution de l'usage des points de vue en cours de séance permettrait ce travail.

- La seconde concerne l'étude de la synchronicité/diachronicité des points de vue des patients et thérapeutes qui pourrait être au cœur d'un futur protocole de recherche, car les données de notre recherche ne permettent pas cette étude actuellement.

Effets secondaires issus de cette recherche

Un certain nombre d'effets secondaires ont été observés dans l'élan de cette recherche, effets intéressants pour sentir l’utilité d’une telle démarche scientifique.

- Développement d'une collaboration inter-linguistique et inter-régionale, ainsi que d'une communauté de réflexion

Tant au niveau de l'équipe de recherche qu'au niveau des praticiens participants, la collaboration a été vive. Cela est nouveau pour notre domaine qui a l'habitude de travailler en Suisse essentiellement de manière régionale, linguistique et par école de pensée. Cela renforce la dynamique professionnelle actuelle de l'art-thérapie qui voit les associations de professionnels et les instituts de formation commencer à se regrouper sur une dimension nationale. Il est certain que cet effet de notre recherche va renforcer cette dynamique absolument nécessaire pour la reconnaissance politique officielle de la profession.
Par ailleurs, une ambiance de travail conviviale et une communauté de réflexion sont en constitution grâce à cette recherche.

- Diffusion des résultats

Outre les publications que nous avons réalisées nous-mêmes, il nous apparaît un élément intéressant. La collaboration de personnes, praticiens et chercheurs, provenant d'écoles de pensée et de formation différentes de l'art-thérapie, tout en augmentant la validité de la recherche, va permettre une bonne et large divulgation des résultats. Ceci dans des sphères professionnelles, pédagogiques, institutionnelles et associatives différenciées de notre domaine.

- Développement de l'intérêt pour la recherche des praticiens concernés en ayant pu les intégrer dans le processus même.

Dans les sciences humaines et médicales, les praticiens et les chercheurs évoluent très souvent dans des sphères étrangères les unes aux autres, ce qui ne facilite pas plus l'intégration des découvertes des chercheurs par les praticiens que l'usage sensible des réalités des praticiens par les chercheurs. Ce défaut largement reconnu a été contourné par la méthodologie qualitative impliquante déployée ici.

- Développement de la qualité des interventions cliniques des praticiens qui ont participé à cette recherche et reconnaissance par les partenaires médicaux

Il nous semble que les résultats ainsi que la méthode de travail vont permettre une augmentation de la qualité du travail proposé par les praticiens participants à cette recherche.
Les résultats ouvrent sur la prise en compte de données peu connues jusqu'à maintenant attachées à la qualité de présence des professionnels qui permettront certainement de mieux suivre les patients et de mieux s'adapter à leurs besoins.
La qualité de l'alliance thérapeutique en sera renforcée. De là les petits patients recevront un service encore meilleur. De là également les Hôpitaux qui reçoivent les praticiens actifs dans leurs projets verront la garantie qualité s'améliorer aussi.
Le monde médical, et notamment les professeurs et chefs de clinique, fait confiance aux démarches scientifiques. Il acceptera mieux les interventions d'art-thérapie dans les hôpitaux.

- Développement de la qualité de l'enseignement ultérieur aux art-thérapeutes

Les résultats de la recherche devraient permettre d'affiner l'enseignement aux futurs arts-thérapeutes. Les données et résultats recueillis permettent de souligner une dimension importante des dispositifs d'atelier, les points de vue, qui ne sont, pour l'instant, enseignés que dans quelques programmes de formation. La théorisation et la technique d'intervention s'en trouveront améliorées. Sur ce plan il pourrait être utile que cette recherche soit disponible dans toutes les écoles de formation d'art-thérapie de Suisse. La publication d'articles vise, entre autres, cet objectif.

- Validation des ateliers par les interviews avec les parents et professionnels

Sans qu'ils aient pu être intégrés directement dans la recherche, les interviews avec ces partenaires ont été intéressants. Tous les avis, sans exception, soulignent la qualité des interventions des praticiens. Ils confirment l'idée de l'importance de tels services dans les hôpitaux concernés et semblent renforcer l'estime et la reconnaissance de ces partenaires pour le travail des art-thérapeutes.

Retour sur les modalités de recherche en art-thérapie 

Cette recherche a renforcé notre intérêt pour l'exploration des modalités qualitatives et des processus de la complexité des situations poïétiques. Nous avons l'impression que le protocole construit est riche de potentialités et satisfaisant en terme de résultats. Les découvertes effectuées ont nourri directement l'équipe de recherche ainsi que les praticiens qui ont participé à l'aventure. Les conférences et publications qui résultent de ce travail devraient permettre une divulgation large de nos découvertes dans la communauté des sciences thérapeutiques et de l'art-thérapie.

Concernant sa validation, la modélisation que nous avons effectuée avec prudence nous permet de poser des bases pour prolonger l'effort de recherche sur les points nommés plus haut, mais aussi avec d'autres populations, dans d'autres pays et d'autres institutions.

La cohérence interne nous semble bonne, l'équipe de recherche a pu développer et transformer sa perception et compréhension des concepts ;  les praticiens ont pu, eux aussi, intégrer et valider le concept de point de vue au fur et à mesure de l’avancement de notre recherche.

La cohérence externe semble émerger maintenant, les premiers avis extérieurs de spécialistes des milieux des sciences humaines et thérapeutiques ainsi que de l'art-thérapie à qui nous avons donné à lire notre rapport renforcent le sentiment de validité des résultats.
Un degré de saturation suffisamment élevé des résultats a permis une modélisation qui semble fonctionnelle et sensée.

Cette recherche a renforcé notre intérêt pour l'exploration des modalités qualitatives des processus et de la complexité dans le champ de l'art-thérapie.

Malgré la présence de traditions solides, nous avons le sentiment que nous avons encore beaucoup de travail pour faire évoluer les modalités de recherche de notre domaine et pour les amener à maturation, dans le respect total de la complexité des situations.
Les questionnements et les modalités développées dans cette recherche nous semblent s'intégrer parfaitement dans le courant actuel, en plein essor, de la recherche qualitative en sciences thérapeutique.

Nous nous permettons enfin d'insister sur le fait que les pratiques d'art-thérapie ne seront validées et reconnues par les milieux d'accueil que si elles sont accompagnées de sérieux programmes de recherches scientifiques, ceux-ci nécessitant bien évidemment des financements appropriés.

Pour terminer ce rapport scientifique de manière narrative et poétique, en cohérence avec notre sujet, permettez-moi de vous raconter une petite histoire-devinette d'inspiration judéo-grecque.

Lors d'une douce soirée d'été qui donne à rêvasser et à deviser sur l'existence, deux hommes sont assis sur un banc, l'un est jeune et l'autre vieux. L'un raconte à l'autre l'histoire suivante :
Deux voleurs ressortent par la cheminée d'une maison qu'ils ont dévalisée, l'un est tout noir de la suie de la cheminée et l'autre est tout blanc. Lequel va se laver ?
Le deuxième homme assis sur son banc réfléchit un instant et répond: eh bien celui qui est tout noir, évidemment !


Ah! Dit le premier homme, tu te trompe mon ami! Celui qui est tout noir voit son comparse qui est blanc et s'imagine tout blanc lui-même, par contre, celui qui est tout blanc voit son acolyte tout noir et s'imagine tout noir aussi, c'est donc lui qui va se laver !
J'ai compris, dit l'autre, c'est donc le voleur blanc qui va se laver!


Je ne crois pas que tu aies vraiment compris dit le premier homme: comment veux-tu que lorsque deux hommes passent par une cheminée, l'un en ressorte noir et l'autre blanc !

Vous riez bien n'est-ce pas ! Mais reste une question pour vous maintenant: lequel des deux hommes à raconté l'histoire à l'autre, le jeune ou le vieux ?

Bien entendu on pourrait dire que c'est le vieux, car les vieux aiment raconter les histoires aux jeunes afin de les accompagner dans leur maturation et aussi pour leur montrer que eux, les vieux, connaissent la vie, ont de l’expérience !

Les jeunes, eux, aiment à entendre les histoires des anciens, pour mieux avancer dans leur cheminement et trouver des repères. C'est pourquoi c'est le vieux qui a raconté l'histoire, dites-vous.

On pourrait dire aussi, si l'on est perspicace, que les vieux savent que plus ils en savent moins ils ne connaissent les mystères de la vie ; ils savent que la vieillesse c'est commencer à savoir cela. Ils préfèrent donc le silence et les questions aux réponses. Alors ils se taisent.

Les jeunes, par contre, croient qu'ils ont découvert la vérité du monde, ils aiment à le crier sur les toits, ils aiment à faire savoir aux anciens qu'ils y sont, eux aussi, dans la sagesse de la connaissance. Ils aiment aussi, parfois, rencontrer l'éclat de la reconnaissance et de l'estime dans l'œil des anciens, c'est pourquoi c'est le jeune qui a raconté l'histoire, dites-vous….

Alors n'oubliez pas qu'en réalité, c'est moi qui ai raconté cette histoire!