introduction

Le terme d'art-thérapie recouvre des variantes de pratiques et de théories très larges et diversifiées, le terme prête souvent à confusion.
Par ce terme, devenu insuffisant, on parle d'une constellation de pratiques de création réalisées dans des terrains variés de la santé, du social ou de la culture, ceci avec des personnes très différentes et dans des buts et orientations très différents aussi, mais tous orientés vers le développement humain.
Le mot même d'art-thérapie, même s'il est passé dans le langage courant, induit trop souvent en erreur.  

Il reste par ailleurs ancré dans un élan d'intérêt pour deux champs disciplinaires qui sont à son origine: l'art et la thérapie.

Pour dynamiser la maturation de ces pratiques, il me semble important de développer un langage propre, une théorie propre, une méthodologie spécifique, qui puissent nourrir l'entier de ses terrains d'intervention, qui dépassent largement l'art et la thérapie. C'est pourquoi je propose l'usage du terme de poïétique, pour parler d'un ensemble de pratiques et de théories d'accompagnement du déploiement des êtres humains dans leur existence par l'action créatrice. Ce terme est enraciné dans le mot grec poiesis, qui signifie: émergence créatrice. Il a été exploré par maints philosophes, artistes, historiens de l'art occidentaux depuis Aristote et Platon  jusqu'aux modernes tels que Martin Heidegger, Paul Valéry, Henri Maldiney ou encore René Passeron.
Dans le champ de l'art-thérapie, Steve Levine en a fait un concept central.
Mais ce terme, peu connu aujourd'hui, est resté situé dans théories qui n'ont pas occupé de place dominante dans l'histoire.

Les pratiques actuelles d'art-thérapie sont le fruit de plus de 50 années d'expériences cliniques et de recherches en Europe et en Amérique du Nord essentiellement, mais aussi dans bien d'autres pays du monde.
Nous nous situons dans une discipline nouvelle à fort gradient interdisciplinaire, pour peu qu'on sache regarder au-delà des différences établies entre écoles de pensées.
Traditionnelle et pourtant jeune, cette discipline est en voie de reconnaissance officielle dans plusieurs pays, en Suisse notamment. Cette reconnaissance est déjà acquise aux USA ou en Grande-Bretagne.

Son histoire récente semble montrer qu'elle se trouve actuellement dans une phase de maturation et d'expansion décisive. Pour achever cette maturation, elle gagnerait à développer des théories et une méthodologie propre, cela lui permettrait d'être toujours mieux à même de se situer en complément respectueux des différences et des synergies avec les disciplines voisines telles que la médecine, la psychothérapie, les sciences humaines, l'éducation, l'intervention sociale ou, bien sûr, l'art.

En portant un regard bref sur le développement de l'art-thérapie des soixantes dernières années, nous constatons qu'elle est née d'un élan premier interdisciplinaire, dans lequel la médecine ou la psychologie rencontraient les arts, se nourrissaient des arts.

Nous constatons une importante diversification des arts conviés dans l'art-thérapie au cours des trentes denières années.
A la peinture, pratiquée originellement en priorité, ont été ajoutés la photographie, la sculpture, et plus tard tous les autres arts de l'image contemporaine, telles que vidéo, internet,...
Aux beaux arts ont été ajoutés les arts de la scène, les arts vivants, les arts de la musique, les arts du mot.
Puis tous les autres moyens artistiques, moins généraux ou moins classiques, ont pu être considérés comme intéressants et d'égale valeur, tels le land art, l'art urbain, le rap, ...
Finalement, en intégrant les avancées des développements contemporain de l'art, souvent interdisciplinaires, la mixité expressive et les sauts interlangagiers entre les arts ont été considérés dans leurs potentiels de développement. L'intermodalité expressive, le passage d'un art à un autre, d'une modalité de l'existence à une autre, est devenue un point de repère et a été théorisée.

Sur le plan de la thérapie à laquelle se réfère l'art-thérapie, un important développement historique a été aussi constaté depuis une trentaine d'années.
Au départ, l'art de l'art-thérapie a été conçu comme un adjuvant aux techniques médicales, dont la logique de l'urgence somatique est considérée comme centrale. Puis on a introduit l'idée d'une psychothérapie artistique en soi, méthode de soin plus proche des sciences humaines que des sciences médicales de la vie qui ne bénéficierait pas seulement d'un enracinement dans les sciences médicales, mais aussi dans la philosophie, la psychologie, l'anthropologie, la sociologie, la pédagogie, bref, dans les sciences humaines.
Plus tard, le champ éducatif à été intéressé par de telles pratiques, puis le terrain de la pédagogie, celui de la supervision, de l'intervention de lien social, de la culture, du coaching, de l'entreprise, ...
Il semble ne plus y avoir de limites en terme de terrain d'accueil de nos pratiques. L'homme semble pouvoir se développer par l'expérience de la création artistique dans tous les terrains de son existence.
Là encore, il a fallut relativiser le concept de thérapie fréquemment utilisé pour dénommer ces pratiques car il se révèle fortement insuffisant, voire même confusionnant dans certains lieux.

Dans les dénominations professionnelle, sur un plan historique, on s'est mis rapidement à parler de manière différenciée de l'art-thérapie, qui concernerait les arts plastiques; de la musico-thérapie qui concernerait l'usage de la musique, de la drama-thérapie qui concernerait les arts du théâtre. Puis, on en est venu à parler de photo-thérapie, de vidéo-thérapie, de clown-thérapie, ...Plus récemment encore, du moins en Europe, on en est venu à parler de thérapie intermodale ou intermédiale.

Pour que ce domaine prenne une réelle forme spécifique et devienne une profession en soi, ou une discipline en soi, un nouveau nom, semble nécessaires, avec la création d'un complexe théorique spécifique.

Ce site, qui conçoit la poïétique comme une oeuvre ouvrante, porte l'ambition d'avancer dans cette direction et propose des recherches pratiques et conceptuelles qui vont dans ce sens.