la loggia

La loggia, un lieu 

Joëlle (prénom fictif) anime un atelier d’art-thérapie à l’hôpital depuis peu, nous avons mis sur pied ce projet à partir d’une association indépendante avec l’aide d’un petit financement privé.

L’idée est de déplacer l’atelier vers les patients plutôt qu’ils ne viennent au soignant. Le concept s’appuie sur l’acte créateur compris comme élément soignant symbolique complémentaire aux soins médicaux physiques. Cet acte créateur fait du patient un acteur de sa guérison, lui qui est habituellement passif face aux soins médicaux.

Mais comme les animatrices sont deux, nous avions décidé de proposer deux modalités d’intervention, une en chambre, au chevet des malades et l’autre dans un lieu plus ouvert pour du travail groupal. A l’hôpital, on est si seul, dans la fourmilière, face à son mal.  

Il n’y a pas de salle disponible, l’hôpital est surchargé. Reste une loggia, sorte de salle à manger à certaines heures, salon de visite à d’autres, lieu d’entrée dans l’unité tout le temps, face aux ascenseurs.

Joëlle est dérangée par cet espace ouvert, elle peine à l’habiter, les gens n’y viennent pas, ne s’y arrêtent pas, n’y créent pas. Ce serait un peu comme faire un strip-tease dans une vitrine, dit-elle.

Cet endroit n’est pas un lieu de travail dit-elle aussi. En effet, cet endroit ne peut pas devenir un lieu comme cela, simplement parce qu’on y est.

Elle installe un paravent, crée une sorte de niche, un dispositif d’écart ; et son atelier démarre, les patients viennent.

Après plusieurs mois, le paravent est écarté, les dessins et affiches d’annonces qu’il portait sont mis au mur. L’atelier, non seulement se poursuit, mais se développe au travers de cette ouverture d’espace.

Un lieu propice à la création a été installé, qui devient un site convivial de premier intérêt avec le temps. Des malades y viennent, des soignants s’y arrêtent, on y peint, on y raconte, on y parle, on y chante. Convivialité du site, lieu habité.