résumé

Ce site présente une réflexion à propos de ce que l’auteur nomme la poïétique. La poïétique, terme présent depuis l’époque grecque pour aborder et comprendre les phénomènes créatifs, est définie ici comme étant une discipline naissante, transdisciplinaire, artistique et scientifique qui étudie et s’occupe des processus créatifs dans le développement des êtres humaines et de leurs sociétés.

L’auteur propose ce terme de poïétique en prolongement et développement de celui d’art-thérapie, devenu trop insatisfaisant bien qu’utile dans les cinquante dernières années, pour se recentrer sur les processus essentiels présents dans les ateliers d’expression qui ont lieu dans des contextes très divers, avec des populations et des problématiques très divers et dans des buts spécifiques eux aussi très divers.

La poïétique s’occupe de l’œuvre ouvrante, c’est-à-dire de l’œuvre qui ouvre à la transformation du monde et des humains. 

Ce site s'est développé dans la suite de la rédaction d’une thèse de doctorat, il devrait évoluer au fil des années prochaines et des recherches et conceptualisations en croissance continue. 

Une situation de création artistique et une situation clinique de psychothérapie expressive  permettent de poser les questions qui motivent la recherche et les thématiques développées ensuite.

Dans les peintures de pluie, l’auteur est confronté à un phénomène de création par la nature, à laquelle il prend part et constate ensuite que toute création est réalisée par le champ de la situation plus que par l’auteur uniquement. C’est même en se déprenant suffisamment de la volonté et du projet que le créateur est le plus créateur

Dans la situation de la dame au livre, l’auteur constate encore une fois à quel point le phénomène créatif mobilise le champ des partenaires en présence. Il constate aussi que le sens des créations se transforme selon le point de vue, toujours subjectif ou intersubjectif, que l’on adopte sur elles.

Le champ et le point de vue sont alors les deux thématiques qui sont étudiées dans la thèse.
Le concept de champ est étudié d’abord dans son étymologie. Les théories principales du champ  dans les sciences humaines sont présentées. Sont abordés des auteurs tels que Kurt Lewin et son concept de champ de force qui a marqué l’histoire de la psychologie, les développements de Merleau-Ponty en phénoménologie, puis les développements de la psychanalyse bionnienne et post-bionnienne, avec Claudio Neri et Antonino Ferro, ainsi que la psychanalyse sud-américaine, avec les Baranger et José Bleger. La synchronicité de Jung est également reliée au concept de champ. Finalement, sont présentées les dernières recherches de Daniel Stern sur le champ thérapeutique qui situent la psychothérapie entre les références phénoménologiques et psychanalytiques. 

Le champ est ensuite présenté en sa spatialité à partir de la description d’une institution genevoise de la petite enfance, le Cerf-Volant, qui a été construit à l’image du corps humain, inspiré inconsciemment par le sens du lieu, par une équipe d’architecte et de psychologues.
La spatialité du champ est un lieu, un site, un espace non pas objectivement délimité, mais un espace habité d’actes créatifs, de sensations corporelles, d’émotions. La spatialité du champ est un espace subjectif habité par tous les partenaires en présence.

Deux situations artistique de l’auteur illustrent et offrent un prolongement aux réflexions sur le site : Malval et le grand Golem bleu. Malval est un lieu de création proche de Genève où l’auteur effectue souvent des actions de land art ; le grand golem bleu est une œuvre essentielle de l’auteur dans laquelle les spectateurs sont invités à participer « involontairement » au processus de création à partir d’une pâte de pigments. 

Le champ est étudié ensuite en sa temporalité. Quelques théories essentielles du temps sont présentées, entre temps objectif et temps subjectif. D’Héraclite qui concevait le temps vécu objectivement comme la rivière qui s’écoule, le passé au glacier et le futur à la mer; nous allons à Merleau-Ponty, encore une fois, qui concevait le temps vécu subjectivement comme la rivière qui s’écoule, le passé étant à la mer et le futur au glacier.

Sont présentés également Paul Ricoeur et son temps du récit, Heidegger et son temps présent, Augen-Blick, ainsi que Henri Maldiney et son temps du rythme, qui propose de considérer le présent comme étant à l’origine du temps et non pas le passé, comme on en a l’habitude. C’est ce même auteur qui souligne une dimension essentielle du temps, le kaïros, le moment opportun, concept très utile en art-thérapie et en psychothérapie.

Le psychanalyste-phénoménologue Nicolas Abraham qui a aussi étudié le temps en mettant au centre de sa théorie la notion de désir, qui ouvre la maturation de la personne, qui va s’élancer dans une démarche de symbolisation infinie, au travers de plusieurs conceptions du temps différentes, selon son niveau de développement.

Daniel Stern, encore, a souligné l’importance du moment présent en psychothérapie et est devenu une référence incontournable de l’étude de la temporalité du champ thérapeutique. 

Le chapitre suivant permet à l’auteur de présenter une dimension fondamentale du phénomène de champ : le regard. Le regard est relié à l’intentionnalité des phénoménologues, au vecteur et au vertex des psychanalystes post-bionniens, à l’orientation des psychologues constructionnistes.

Si le champ se développe en sa spatialité et en sa temporalité, il ne saurait exister sans un certain regard que lui vouent les partenaires en présence. Un regard exclut en principe tous les autres, ou les mets en arrière plan. Ce regard particulier crée un monde, dans lequel se développe le champ et dans lequel se meuvent les partenaires. L’étude étymologique du mot regard est à ce moment très intéressante puisque le mot permet de rassembler les dimensions intéressantes du phénomène, mieux que les concepts de point de vue, de vecteur ou d’orientation.

Une recherche scientifique, élément essentiel encore de cette étude a été réalisée entre 2000 et 2004 à propos des points de vue que développent des art-thérapeutes pour appréhender les relation avec leurs patients et les créations émergentes dans les séances dans des hôpitaux généraux de Suisse.
De cette recherche réalisée selon la méthode de la Grounded Theory, émergent plusieurs constats : la diversité des points de vue, la cohérence de 6 points de vue majeurs toujours présents dans les descriptions des séances des praticiens étudiés, la souplesse des praticiens pour aller d’un point de vue à l’autre au fil du déroulement des séances ainsi que le développement différentiel de ces points de vue au fil des séances.

Cette recherche confirme l’existence et l’utilité du concept de point de vue, développé dans le concept de regard dans cette étude. Ce chapitre est aussi l’occasion de développer une réflexion théorique et méthodologique sur la recherche en art-thérapie et en poïétique. 

Ensuite, quelques concepts essentiels de la poïétique sont présentés assez brièvement. Ce chapitre sera certainement celui qui aura le plus à se développer dans les prochaines années. 

La cabane permet de réfléchir à la forme et à l’ambiance de l’atelier propice aux processus poïétique. La cristallisation et le compostage sont proposés comme deux types de mise en forme poïétiques, présents en alternance et en complémentarité. La cristallisation, modélisée par Paolo Knill, met en valeur l’émergence du nouveau qui se cristallise dans une forme artistique. Le compostage est un concept élaboré par l’auteur de la thèse pour appréhender le processus de déconstruction nécessaire à toute mise en œuvre. Intervenant avant la cristallisation, il permet de "faire le vide" de ce qui est déjà venu avant de laisser émerger le nouveau.

L’alphabétisation, enfin, est présentée à partir des concepts bioniens de fonction alpha et de capacité de rêverie. L’auteur, en présentant les derniers développement de psychanalystes tels que Antonino Ferro ou Claudio Neri, propose de considérer l’alphabétisation en plusieurs étapes aux logiques différentes ainsi qu’en plusieurs modalités expressives, telles que l’image, classiquement reliée à la fonction alpha, le son, le mouvement corporel, la présence scénique, le mot et le couple odeur-goût. 

Une douzaine de situations cliniques présentes dans le site sont assemblées dans un chapitre propre. Une demi-douzaine de situations artistiques sont assemblées également dans un autre chapitre.

La recherche scientifique est elle aussi accueillie en un chapitre propre, avec le matériel de base de la réflexion et tous les tableaux et graphiques qui ont permi de développer la réflexion.

Une  bibliographie très large et complète sur le sujet est ensuite présentée dans une forme générale d'abord, puis dans une forme thématique.

Enfin les liens internet externes sont assemblés en une page afin de créer une plateforme de décollage vers le web. Cela situe la réflexion sur la poïétique dans le contexte web qui est le sien, dans sa sémiosphère. Les lecteurs peuvent alors surfer à leur guise et transformer leurs visions de la poïétique auprès des sources utilisées dans cette étude et auprès des autres liens proposés dans les sites de référence. 

Un forum de discussion est enfin mis en place pour faciliter le dialogue des visiteurs et la croissance de la connaissance et de la conceptualisation de la poïétique.