structure

Méthode

La cohérence du milieu s'est constituée sur une limitation  à l'art-thérapie pratiquée en hôpital général, avec des enfants, en Suisse, soit à Genève, Zürich, Bâle, Lugano et Lausanne.

Les praticiens qui ont participé à cette recherche ont tous une profession de base différente et une formation de spécialisation d’art-thérapeute effectuée dans des écoles différentes. Cela est intéressant pour la validité de notre recherche car elle n'en est pas limitée à l'étude d'une seule école de pensée d'art-thérapie.

Les études de cas ont prouvé être un des moyens les plus efficace pour arriver à une bonne présentation et documentation des processus individuels et particuliers en art thérapie. Des critiques ont été parfois émises sur cette méthode qui ne renseignerait pas sur ce qui s’est réellement passé en séance. Or, ici, ce qui nous intéresse n’est pas ce qui se serait réellement passé, mais comment l’art-thérapeute y ancre et y développe sa pensée.

Au-delà de la présentation de séances, la méthode de la théorisation ancrée a inspiré notre démarche car elle permet la formalisation de modèles pour penser les processus à l'œuvre dans une série d'événements complexes.

Nous adoptons, dans notre perspective qualitative phénoménologique et heuristique, une attitude de décentrement vis-à-vis de nos questionnements initiaux. C’est pour cela que nous avons maintenu un lien souple avec la perception des cinq points de vue que nous avions déjà expérimentés et formalisés à partir de notre propre pratique et présentés ci-dessus.  

Nous avions prévu de récolter nos données au moyen de plusieurs modalités: 

Des présentations de séances écrites par des art-thérapeutes (à Genève, Zürich, Bâle, Lausanne  et Lugano). Nous avons demandé à six praticiens actifs dans ces ateliers d'écrire chacun 5 présentations de cas d'enfants différents en séance. Ces présentations sont, dans un second temps, abordées par une analyse de contenu, elles sont aussi la source d'un rebondissement artistique. 

Des interviews des art-thérapeutes, conduits par les chercheurs à partir de chacune des présentations de cas permettant d'approfondir les parties où subsistent des doutes de compréhension.  

D’autres interviews ont été destinés à recevoir les points de vue des parents, des médecins et des infirmières des petits patients.

Des rebondissements artistiques ont été effectués à partir des présentations de cas par les chercheurs en produisant ainsi une création imagée, musicale, littéraire ou autre.

Observation d'un groupe de travail des art-thérapeutes qui interviennent dans le projet de « l'atelier roulant », à Genève. Ces praticiens se rencontraient à quinzaine pour échanger à propos de leurs pratiques respectives et pour mûrir leurs concepts et méthodologie de travail. 

Les données issues de ces deux dernières modalités n’ont finalement pas été intégrées à la recherche.

Dans une dernière partie nous sommes retournés à nos questionnements initiaux à partir du matériel récolté et des diverses créations produites en effectuant une analyse de contenu et en faisant émerger des modèles.

La conceptualisation du protocole de la recherche a été réalisé entre janvier 2002 et septembre 2002; la mise en place entre septembre 2002 et décembre 2002 ; la quête des données entre  décembre 2002 et avril 2003; l'analyse des données entre mai 2003 et novembre 2003.

Nous avons travaillé sur 30 présentations de cas: 6 cas provenant de Bâle, 6 de Genève, 3 de Lausanne, 5 de Lugano et 10 de Zürich où travaillent deux art-thérapeutes.

Des articles ont été publiés en 2004 et 2006, dans la revue Art et Thérapie et dans le Journal de l’association romande arts, expression et thérapies, pour relater certains aspects de cette recherche. Un chapitre d’un livre a été publié en 2006 sous l’égide de la Sipe, Société internationale de psychopathologie de l’expression et d’art-thérapie.

Méthodologie

Cette recherche tente de percevoir et de mettre en valeur certains des processus complexes à l'œuvre dans la pratique art-thérapeutique. L'efficacité de l'art-thérapie tient certainement au développement de procédures cohérentes et liées aux normes en vigueur dans les sciences thérapeutiques et en art.

La méthodologie de toute recherche détermine sa validité dans la discipline concernée. Nous avons considéré ici qu'il était important d'élaborer nos méthodes propres et non pas seulement d'appliquer des méthodes adaptées à d'autres disciplines. L'importation de méthodes externes à n'importe quel champ peut être nourrissante mais peut aussi empêcher qu'il déploie ses propres spécificités et son propre regard.

Le champ de l'art-thérapie est relativement récent et en plein développement. Il est plus intéressant de l'aborder avec une optique ouverte et exploratoire, plutôt qu'avec une logique de preuve et de vérification, trop focalisante et restrictive. Certains critères fondamentaux des recherches expérimentales et de celles de l’Evidence Based Medicine comme celui de la validité externe ou celui du groupe de contrôle ne sont d’ailleurs pas applicables tels quels dans notre cas.

Nous adoptons donc ici une optique phénoménologique et heuristique par modélisation inspirée de la méthode par théorisation ancrée (Grounded Theory) développée ces dernières décennies au Canada surtout (Mucchielli, 1994, 2000; Deslauriers, 1991; Paillé, 1994).
Dans cette méthode, nous abordons le matériel de manière sensible en écartant tant que possible les théories pré-établies, ici, celles qui portent sur les points de vues pratiqués par les art-thérapeutes. Il s’agit de laisser émerger un modèle au fil des cas étudiés dont le nombre doit permettre un bon degré de saturation, c'est-à-dire que de nouveaux cas n’apportent pas de nouvelles considérations importantes qui remettent en cause le modèle..
Nous nous appuyons de préférence sur des repères de validation interne, d'abord dans le groupe de recherche, puis dans celui des praticiens. Ensuite nous soumettons nos résultats à un cercle scientifique plus large.

La  saturation des résultats est un critère de qualité de la recherche, elle ne dépend pas d'un nombre important et défini à l’avance de protocoles étudiés, comme en recherche quantitative traditionnelle, mais de l'atteinte d'un degré de répétitivité et de cohérence des résultats suffisant pour constituer un modèle.

L'idée d’inclure des modalités artistiques dans la recherche nous a semblé également être intéressante pour l'étude d'une discipline qui inclut l'art dans sa pratique, surtout si ces productions artistiques sont considérées comme de véritables partenaires de recherche plutôt que comme du matériel à analyser (Mac Niff, 1998). Nous n’avons pu réaliser cet objectif que très partiellement.

La rigueur scientifique a également porté sur les éléments suivants: cohérence de profil de population, cohérence de cadre institutionnel, cohérence de type de pratique clinique, cohérence des modalités de recherche, constitution d'une équipe de recherche mixte, comprenant des praticiens de l'art-thérapie, des enseignants-chercheurs en art-thérapie et une psychologue non spécialiste de l’art-thérapie. Cette constitution, selon les habitudes en vigueur dans les recherches qualitatives, nous assure un positionnement nuancé, à la fois proche et distant du terrain étudié.